Bienvenidos a Mexico au 8ème Forum Social Mondial Migrations

Inventer un autre modèle de gouvernance internationale des migrations

Au Forum Social Mondial des Migrations de Mexico
Inventer un autre modèle de gouvernance internationale des migrations

 

« Il n’y a pas d’alternative aux migrations par le développement, ni à court, ni à moyen terme. La fermeture accroît les lignes de fracture du monde, suscite des frustrations, sources d’insécurité et de violence   dans les pays d’émigration et d’immigration. Il faut arriver à construire un ordre international où les Etats comprennent que la circulation des personnes est nécessaire à leur propre stabilité. »

Catherine Wihtol de Wenden, Faut-il ouvrir les frontières ? SciencesPo Les Presses

 

Sur le thème « Migrer, résister, construire, transformer : migrons tous, migrons le système », la 8ème édition du Forum Social Mondial des Migrations (FSMM), qui aura lieu du 2 au 4 novembre 2018 à Mexico, revêt une importance particulière à plusieurs titres.

C’est d’abord un enjeu central de la mobilisation citoyenne pour affirmer haut et fort notre  solidarité vis-à-vis des migrants et dire notre opposition au contexte politique actuel,  marqué par la politique migratoire du président américain et le rejet des migrants dans une grande partie des pays européens.

Le pape François dans son Discours du 21 février 2017 aux participants du Forum international « Migrations et  Paix », nous invitait, au nom de l’Evangile,  à refuser cette vision uniquement sécuritaire des migrations et son corollaire, la culture du « rejet » de l’étranger :

 « Pour nous, chrétiens, l’hospitalité offerte à l’étranger qui a besoin d’un refuge est offerte à Jésus-Christ lui-même, qui s’est identifié avec l’étranger : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli. » (Mt 25, 35). C’est un devoir de solidarité de s’opposer à la culture du rejet et de réserver toute notre attention envers les plus faibles, pauvres et vulnérables. C’est pourquoi « un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés est nécessaire de la part de tous ; le passage d’une attitude de défense et de peur , de désintérêt ou de marginalisationqui, en fin de compte, correspond à « la culture du rejet »- à une attitude qui ait comme base la « culture de la rencontre », seule capable de construire un monde plus  juste et fraternel, un monde meilleur. »

Aujourd’hui, l’enjeu est bien d’inventer une autre manière de faire et de penser les migrations, d’imaginer un nouveau modèle, une nouvelle approche de ce phénomène migratoire, une autre gouvernance, en nous fondant  sur les principes de justice, de civilisation, de fraternité  et sur les valeurs d’accueil, de protection, de promotion et d’intégration proposés par le pape François. C’est un appel à nous mobiliser, à mener auprès des politiques des actions de plaidoyer,  à la lumière de l’Evangile et en accord avec    la Doctrine  sociale de l’Eglise qui nous invite à faire le lien entre notre vie de foi et un engagement dans la vie sociale pour construire un monde plus juste : « Ils s’éloignent de la vérité ceux qui sachant que nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient  pouvoir , pour cela, négliger leurs tâches, sans s’apercevoir que la foi même […] leur en fait un devoir plus pressant. » (Vatican II, constitution Gaudium et spes n 43)

C’est aussi, dans la mesure où le Pacte Mondial pour les migrations, qui doit être adopté en décembre2018 par les Nations Unies, ne traite que des questions de sécurité, l’occasion de faire entendre une autre voix, d’offrir des alternatives à cette vision uniquement sécuritaire des migrations. Or pour définir et renforcer la participation active de l’Eglise dans ce processus qui conduira à l’adoption de deux Pactes mondiaux (Global compacts), l’un sur les migrants, l’autre sur les réfugiés, le pape François a approuvé Vingt points d’action pastorale. (Pour lire le document, cliquer ici.)

concernant les migrants et les réfugiés. L’Eglise a déjà fait connaître sa position sur bon nombre des questions qui seront incluses dans les pactes mondiaux.

Dans cette perspective, le Forum Social Mondial des migrations de Mexico veut être le point d’orgue d’une année forte en mobilisations associatives et citoyennes : tribunal Permanent des peuples sur les Droits des migrants, Etats Généraux des migrations (EGM), chez nous plaidoyer du groupe de travail diocésain  migrants auprès des élus au moment de la discussion de la Loi Asile/ immigration, réunions d’information  à Raismes et à Douai sur les droits des migrants et réfugiés, Journée mondiale du migrant et du réfugié , Marche solidaire Vintimille-Calais, qui a fait étape à Cambrai et Douai.

Le CCFD-Terre solidaire enverra une délégation d’une quinzaine de bénévoles et de salariés à  Mexico. La Pastorale des migrants faisant partie de la collégialité du CCFD-Terre solidaire, je ferai partie de cette délégation, en tant que bénévole responsable  de la Pastorale des migrants de notre diocèse.  Nous animerons  un atelier intitulé « Réalités des frontières, des murs et des autres barrières à la mobilité » avec un de nos partenaires brésiliens qui travaille à la frontière entre son pays et le Venezuela. Comme nous avons  participé à une mission exploratoire, à Calais, pour les uns, Briançon, pour les autres, ce sera aussi l’occasion de croiser notre expérience avec celle de nos partenaires mexicains et africains de la zone sahélo-saharienne.

La  politique  migratoire  est un des enjeux majeurs de notre siècle. L’appel du pape François a touché et mis en route nombre d’entre nous car L’Evangile nous presse d’accueillir l’autre, l’étranger. Or la politique menée actuellement  en matière de migrations est irréaliste et inhumaine : elle est porteuse de mort, nourrit la nébuleuse des passeurs et la culture du rejet de l’autre, favorisant l’esclavage moderne. Des  experts (*) nous disent qu’il faut ouvrir les frontières, que le droit à la mobilité et la liberté de circulation des personnes est un droit universel, qu’il  n’est pas idéaliste mais réaliste d’affirmer : aucun mur si haut, si truffé de technologie soit-il, n’arrêtera ceux qui voient dans la migration l’espoir d’une vie meilleure.

Claudine Lanoë (**)
Déléguée diocésaine à la Pastorale des migrants

 


(*) « Le progrès le plus sensible dans le débat sur l’ouverture des frontières serait accompli si l’on inversait la logique : plutôt que de laisser aux Etats d’immigration le monopole du régime de fermeture des frontières, ne vaudrait-il pas mieux considérer que la liberté de circulation des personnes est un droit universel , mais que les Etats peuvent en restreindre l’entrée ?La souveraineté des Etats serait préservée , tout en s’insérant dans le cadre universel du droit du citoyen du monde à y circuler. Cette inversion du régime des frontières présenterait l’avantage de justifier, pour les Etats, le bien-fondé de la fermeture de leurs frontières quand ils y recourent et de ne pas considérer que celui qui circule librement est un criminel en puissance. Elle donnerait plus de légitimité à la figure de l’individu migrant comme acteur à par entière des relations internationales, par le fait même qu’il franchit les frontières » Catherine Wihtol de Wenden, opus cité.

(**) Claudine Lanoë participera au forum dans la délégation du CCFD-Terre Solidaire.

Article publié par Service com • Publié Vendredi 19 octobre 2018 • 57 visites

keyboard_arrow_up