Bassam a fait salle comble à Pecquencourt

A Pecquencourt, samedi 11 janvier, «L'Espoir, et après ?» invitait à apprivoiser la différence

 

Une salle des fêtes comble : le spectacle de Bassam Abdel-Hac est un bel hymne à la tolérance et à la fraternité.

Proposé par le doyenné de l'Ostrevant, à l'occasion de sa fête-messe des Nations célébrée depuis 2016, dans le cadre de la  journée mondiale du migrant et du réfugié, ce «seul en scène» de 75 minutes a été créé par Bassam, libanais d'origine, travailleur social au centre d'accueil des demandeurs d'asile de  Tournai (B). «L'Espoir, et après ?» est né de son expérience personnelle et  professionnelle, de ses rencontres avec les exilés.

En avant-goût du spectacle, des images de la nature filmées, commentées par une voix off : «Le réfugié est vu comme un opportuniste, alors qu'il quitte pays, famille, pour tenter d'avoir une vie nouvelle, pleine d'espoir. Aller vers l'autre pour le connaître, voilà le vrai défi».

Bassam entre en scène, il est l'un de ces réfugiés : «Je suis nulle part, je ne suis personne, enfermé, incapable de me libérer, je souffre et j'ai peur ... Le passeur m'a ordonné : tu payes et tu la fermes, tant mieux si tu arrives à destination mais ce n'est pas sûr ...». Bassam va et vient, prend son visage dans ses mains, s’adresse à  la salle, parfois se tait sur fond d'accompagnement musical, assuré par Mourad, en harmonie avec ses sentiments, et poursuit : «Ici, dans le centre, je suis encerclé, tiraillé, la nourriture est infecte, les collaborateurs racistes, les responsables des centres d'accueil s'inclinant devant les politiques. Mais un simple bonjour couvre notre cœur d'espoir et, oui, je veux croire à la justice au-delà des hommes ... ».

Entrent en scène Angèle, Aurélien et Augustin, les enfants de Bassam. Ils incarnent ceux du demandeur d’asile. Restés au pays, ils l'interrogent : «As-tu des amis, un nouveau travail, une nouvelle maison ? Les gens sont-ils gentils ? As-tu pris des photos, as-tu de l'argent ?». A distance, ils lui rappellent leur amour et l'embrassent de «mille baisers».

Bassam, dans le spectacle, a l'audace d'être et dans la peau du réfugié et dans celle de l'un de ses gardiens à qui il dira : «Que Dieu vous bénisse, vous êtes un homme bon !». Pas de leçon de morale dans «L'Espoir, et après ?» mais cette question : «Et si Bassam c'était moi, et si c'était nous ?».

Avant le spectacle  la messe des nations fut célébrée en l’église Saint Gilles de Pecquencourt. Doyen de l'Ostrevant, le père Gérard Lorgnier nous avait préparés  dans son homélie à voir dans l’étranger ce frère qui nous ressemble : «Hier 10 janvier, au FastHotel O’Capio,  sur la ZI La Renaissance, à Somain, (ouvert en octobre 2018, suite à l’évacuation, en septembre, d’un camp situé sur la commune de Grande-Synthe, ndlr), 50 personnes migrantes nous avaient invités à un goûter de l'amitié, 50 d'entre nous ont répondu. Voilà  qui donnait une belle image d'une humanité réconciliée, malgré les embûches et, parfois, les refus de ceux qui nous entourent …Symbole de cette humanité réconciliée, ne faisant qu’une, un bébé soudanais de 4 mois est passé de bras en bras : bras afghans, bras somainois, bras érythréens, bras pecquencourtois, bras somaliens… bras de femmes, bras d’hommes.». 

 

Philippe  Courcier

Article publié par Pastorale des migrants • Publié le Mardi 14 janvier 2020 • 152 visites

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